Au Maroc, la production de jeunes talents ne doit plus grand-chose au hasard. Depuis Salé, à quelques kilomètres de Rabat, l’Académie Mohammed VI de football forme depuis plus de quinze ans des adolescents recrutés dans tout le royaume, avec un objectif clair : alimenter les sélections nationales et exporter des joueurs vers les championnats européens.
Ce modèle, financé et supervisé par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), est aujourd’hui régulièrement cité comme référence sur le continent lorsqu’on évoque la formation structurée des jeunes talents africains.
Qu’est-ce que l’Académie Mohammed VI de football ?
L’académie a ouvert ses portes en 2009, à l’initiative du Roi Mohammed VI et de la fédération marocaine. Son ambition initiale reste inchangée : détecter des garçons de tout le pays, y compris dans des régions peu couvertes par le football professionnel classique, et leur offrir un cursus complet mêlant scolarité et formation footballistique de haut niveau.
Contrairement à un centre de formation de club, l’académie n’appartient à aucune équipe : elle recrute pour l’ensemble du football marocain, ce qui lui permet de fonctionner comme un vivier national plutôt que comme la propriété d’un seul club.
Comment l’académie détecte et forme les jeunes talents marocains ?
Le recrutement s’appuie sur un réseau de détection présent dans plusieurs régions du royaume, avec des sessions de sélection ouvertes à des centaines de candidats chaque année. Une fois retenus, les pensionnaires intègrent un programme structuré autour de plusieurs piliers :
- Une double formation, scolaire et sportive, avec internat sur place
- Un encadrement technique quotidien assuré par des entraîneurs diplômés
- Un suivi médical et physique individualisé, incluant la prévention des blessures
- Une préparation mentale pensée pour le passage au haut niveau
Cette organisation vise un équilibre précis : ne pas sacrifier la scolarité au profit du ballon, tout en maintenant une charge d’entraînement comparable à celle des meilleurs centres de formation européens.

Quel parcours pour un jeune pensionnaire de l’académie ?
L’entrée se fait généralement entre 12 et 15 ans, pour un cursus qui peut s’étendre sur plusieurs années jusqu’à la majorité du joueur. Les meilleurs éléments intègrent ensuite des sélections nationales de jeunes (U15, U17, U20), avant, pour certains, un transfert vers un club marocain de première division ou un essai à l’étranger.
Un encadrement pensé sur la durée, pas sur la performance immédiate
La philosophie affichée par l’académie insiste sur la patience : un jeune de 14 ans n’est pas jugé sur ses statistiques mais sur sa progression technique, tactique et physique année après année. Ce choix, assumé publiquement par la direction technique, tranche avec la pression court-termiste que subissent parfois de jeunes joueurs dans des structures privées moins encadrées.
Quels résultats pour la nouvelle génération de talents marocains ?
Plusieurs anciens pensionnaires évoluent aujourd’hui dans des clubs marocains de premier plan ou ont rejoint des sélections nationales, des catégories jeunes jusqu’aux Lions de l’Atlas. Le nombre exact de joueurs actuellement sous contrat professionnel en Europe issus directement de l’académie varie selon les sources et les saisons ; il convient donc de rester prudent avant d’attribuer un transfert précis à cette structure sans confirmation officielle récente.
Ce qui est en revanche établi, selon la Fédération Royale Marocaine de Football, c’est que l’académie constitue désormais l’un des piliers de la politique fédérale de développement du football marocain, aux côtés des centres régionaux créés ces dernières années.

Quel avenir pour l’académie et le football marocain ?
Le contexte joue en faveur de ce type de structure. Le Maroc a accueilli la Coupe d’Afrique des nations 2025 et coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, deux échéances qui poussent la fédération à accélérer les investissements dans les infrastructures et la formation.
Dans ce contexte, l’académie de Salé devrait rester un maillon central du projet marocain : produire, saison après saison, un flux régulier de jeunes talents capables de tenir la comparaison avec les meilleures formations européennes, sans dépendre uniquement des filières binationales qui ont longtemps alimenté les sélections du royaume.
Journaliste spécialisé dans le football africain, Moussa Diarra suit l’actualité des clubs et des sélections du continent. Il s’intéresse particulièrement aux compétitions CAF, aux championnats africains et aux joueurs africains évoluant à l’étranger.
